Éducation sexuelle au Québec

L’éducation sexuelle au Québec, qu’en est-il vraiment?

L’éducation sexuelle au Québec est maintenant obligatoire dans les écoles primaires et secondaires.

Mais qu’en est-il vraiment?

 

Petite histoire de l’éducation sexuelle au Québec

Premièrement, procédons à un bilan rapido-presto de ce qui s’est fait dans les vingt dernières années en matière d’éducation sexuelle au Québec. Rappelons-nous qu’il n’y avait plus de cours d’éducation sexuelle depuis 2001. Niet. Nada. Sauf quelques enseignants ici et là qui initiaient des discussions sexologiques pour répondre aux (nombreuses) questions de leurs élèves. Heureusement, nous saluons l’initiative du M.E.E.S. qui amène un nouveau programme d’éducation à la sexualité obligatoire dès septembre 2018. Il ne s’agira pas de cours d’éducation sexuelle à proprement parler. Il s’agira plutôt d’objectifs généraux et spécifiques à intégrer au travers des matières actuellement en place.

 

Grandes lignes du nouveau programme du Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur du Québec

 

tv show dancing GIF by Teachers on TV Land

 

Maintenant, qu’est-ce que le nouveau programme du Ministère prévoit pour les enseignants et leurs élèves? En fait, les enseignants devront assumer ces nouvelles responsabilités sur une base volontaire. On leur demande de 5 à 15 heures d’intervention par niveau de la première année du primaire à la cinquième secondaire. Actuellement au menu pour l’éducation sexuelle au Québec: les professeurs aborderont des thèmes tels l’image corporelle, la violence sexuelle, les ITSS, la puberté, l’orientation sexuelle et j’en passe. La sexualité étant un sujet délicat, il va de soi que les professionnel(le)s doivent être en mesure d’en discuter avec assurance et compétence. Malheureusement, les enseignant(e)s déplorent leur manque de formation et de ressources en ce qui concerne l’enseignement de notions relatives à la sexualité. Cette perception est légitime considérant que le parcours académique d’un(e) futur(e) enseignant(e) ne comporte aucun crédit dédié aux rudiments de la sexualité.

 

Concrètement sur le terrain, prenons l’exemple fictif de Martin, enseignant de géographie en secondaire II. Suite à l’implantation du programme, Martin aura peut-être à créer une intervention sur la violence amoureuse avec ses élèves en classe. Dîtes-vous que des Martin, il y en a plusieurs…  En somme, les Martin de ce monde ont effectivement raison d’appréhender ce « retour des cours d’éducation sexuelle »!

 

Pourquoi l’enseignement à la sexualité est une priorité pour notre société?

De fait, pourquoi est-ce que l’éducation à la sexualité est importante? La question que l’on doit réellement se poser est « Que voulons-nous pour nos enfants ? » Parce que l’éducation sexuelle, c’est beaucoup plus que de connaître par coeur la définition d’une agression sexuelle ou de savoir mettre un condom sur un pénis en bois. Grâce à une éducation sexuelle, les adultes de demain sauront vivre plus sainement. Comment? En:

  • Vivant leur sexualité et leurs relations interpersonnelles d’une façon saine et positive.
  • Appréciant la différence ou les différences autour d’eux.
  • Respectant les gens qui partageront leur vie.
  • Comprenant ce que veut dire « le respect de soi ».
  • Évitant des situations à risque.
  • Connaissant mieux leur identité.
  • Communiquant mieux.
  • Vivant une intimité et/ou une sexualité épanouissante exempte de détresse et de souffrance.
  • Cherchant de l’aide au bon endroit en cas de besoin.

À présent, demandons-nous comment contribuer à assurer la qualité de l’éducation sexuelle de nos jeunes.

 

Place oubliée des sexologues

Ici, je vous entends dire que je prêche pour ma paroisse! Mais sachez que c’est exactement en ce moment que les sexologues devraient entrer en ligne de compte.

Effectivement, les sexologues demeurent les personnes ressources en ce qui a trait à l’éducation sexuelle. Selon l’Ordre professionnel des sexologues du Québec (OPSQ) :

 

« Le sexologue est un professionnel qui possède une formation […] centrée sur la compréhension du comportement et du développement sexuels de la personne ainsi que sur l’apprentissage de savoirs, savoir-faire et savoir-être visant l’amélioration, le maintien ou le rétablissement de la santé sexuelle ».

 

Cette formation consiste en un baccalauréat professionnel de 90 crédits, dont un stage d’intervention obligatoire de 420 heures. Il est bien dommage de constater que l’expérience et les connaissances des sexologues ne sont pas mises au profit des enseignants et de leurs élèves.

 

Position de l’Ordre professionnel des sexologues du Québec

L’OPSQ ayant déjà pris position en février 2017 souligne que :

 

« Les besoins des élèves en éducation à la sexualité peuvent être catégorisés en trois niveaux : les besoins généraux, particuliers et spécifiques. Les besoins généraux et particuliers des élèves peuvent être répondus par un ensemble d’intervenants et de professionnels. Certains besoins spécifiques exigent des interventions par des sexologues, qu’il s’agisse d’interventions individuelles auprès des élèves et de leurs parents, ou encore d’interventions cliniques ou de soutien-conseil auprès de l’établissement ».

 

Certes, par besoin spécifique on entend, par exemple, un élève du primaire ayant un diagnostic du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) ayant des comportements sexuels problématiques dans les toilettes. Aussi, nous pourrions penser à un jeune avec un diagnostic de troubles anxieux qui présente des comportements de masturbation compulsive en classe. Ou encore, un élève du secondaire ayant un diagnostic de trouble de la conduite alimentaire (TCA) victime d’agression sexuelle (OPSQ, 2018). Vous comprenez l’idée: il n’est pas simple d’aborder ces enjeux sans l’appui de spécialistes de la question. Pensez-y, vous avez un problème avec votre automobile : direction chez le mécanicien. Un mal de dent surgit : direction le cabinet du dentiste. On parle d’éducation sexuelle : oh, à qui confier la tâche? Aux enseignants? Ou aux infirmières? Aux travailleurs sociaux ou encore aux éducateurs spécialisés? Pourquoi encore aujourd’hui le flou persiste? Bonne question.

 

Sexologie au service du système d’éducation

 

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Enfin, je crois fondamentalement que les sexologues sauraient alléger le fardeau de la tâche de l’éducation sexuelle pour le système scolaire. Non pas que les autres membres du personnel des écoles ne sont pas compétents, bien au contraire! Toutefois, il ne suffit pas d’être à l’aise pour bien démystifier certains sujets complexes tels qu’énumérés ci-haut.

 

Effectivement, les sexologues éduquent et interviennent en matière de sexualité. Le fameux savoir-être se traduit autant dans la relation d’aide que lors d’interventions sexologiques. Formés pour intervenir sans juger, les sexologues savent éviter les mots blessants, les regards désapprobateurs, ou un simple haussement de sourcils. Effectivement, le non-jugement d’un sexologue formé saura apaiser le stress des jeunes et faciliter la discussion, qui peut parfois être très intime et personnelle. Ceci étant dit, ce billet se veut un appel à la collaboration entre tous les intervenants scolaires (T.E.S, T.S., infirmièr.e.s), le personnel enseignant et les parents.

 

Savoir s’entourer

 

high school GIF by CBC

 

Bref, éduquer à la sexualité ne signifie pas seulement d’expliquer et d’être à l’aise. C’est beaucoup plus que ça. Personne ne souhaite répéter un énième automne dans les prochaines années avec autant de #agressionnondénoncée et de #moiaussi. Il s’avère temps d’intégrer une éducation sexuelle de qualité. Ensemble,  proposons leur une vision saine, positive et inclusive de la sexualité, et ce, à l’aide de professionnels qualifiés. Vous sentez le besoin d’obtenir de l’aide pour aborder l’éducation sexuelle avec vos jeunes de façon positive et conviviale? Surtout, n’hésitez pas à faire appel à un sexologue spécialisé en la question. Ou encore, vous pouvez aussi inviter des organisations telle Prima Danse en classe, qui aborde autrement la question à travers des ateliers pédagogiques de danse. Au fond, il s’agit d’une approche nouvelle de sensibilisation aux enjeux sociaux et sexuels tels que l’hypersexualité sociale, ou les stéréotypes de genres.

 

Finalement, j’aimerais savoir, comment vous sentez-vous par rapport à ce nouveau programme d’éducation sexuelle au Québec et quelles sont vos ressources pour y arriver?

 

Émilie Veilleux, sexologue
On SEXplique ça !

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